Les Trois Glorieuses - Juillet 1830

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Les Trois Glorieuses - Juillet 1830

Message  gribeauval le Sam 25 Nov 2017 - 19:56

Aujourd'hui on va parler d'un DIORAMA. Un véritable. C'est-à-dire une caisse fermée sur trois côtés, avec une seule ouverture vitrée, un éclairage intérieur et  effets de perspective dans les plans successifs s'il est assez profond ou sur les flancs.
A cette occasion, je ne peux m'empêcher de vous livrer quelques rappels historiques qui me semblent assez nécessaires.

On a l'habitude d'associer les Trois Glorieuses - qui résument la Révolution de 1830 - au célèbre tableau de Delacroix 'La Liberté guidant le peuple".

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Légende: Ce tableau, ô combien célèbre, est un des plus connus de la peinture française et symbolique de l'Ecole Romantique. La République lui rendra l'hommage de la consécration suprême en faisant de cette image l'illustration d'une coupure de sa monnaie papier.

    Qu'a donc été la Révolution de 1830 dans ce quasi demi-siècle de monarchie qui s'écoula de 1804 à 1848 ? Tout simplement une infime parenthèse de quelques jours... Et pourtant, ce mouvement qui aboutit à un changement de dynastie a, malgré sa brièveté chronologique, mérité le titre de "Révolution". C'est, à mon sens, essentiellement en raison de sa base populaire et parisienne. Pour qu'un tel événement de quelques jours prenne autant d'importance par ses conséquences, il a fallu que l'intensité en soit grande et qu'elle agisse en lame de fond. On va essayer de le comprendre.

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Légende: Le diorama véritable, spécialité autrefois reine des concours, aujourd'hui disparue car prenant trop de place et demandant trop de travail, je le suppose, mais, en tout état de cause méprisée par les juges, est une caisse fermée, vitrée sur une face, éclairée intérieurement, garnie d'éléments en perspective et de figurines. Ce sont les figurines qui déterminent l'échelle et les proportions. Ce sera l'objet de la seconde partie de cet article.

    Il va de soi que le diorama qui vous est présenté ici n'est que l'illustration - imaginaire - d'une petite rue du vieux Paris barrée pendant ces journées décisives. C'est donc un minuscule morceau d'Histoire, une scène essentiellement symbolique. Comme à mon habitude, l'idée de construire un diorama ne m'est venue que bien tard, et, ma procédure a été à l'encontre des "règles" du genre qui veulent qu'on commence par créer d'abord un cadre - la caisse - puis seulement après les éléments constitutifs intérieurs, en perspective avec la distribution des figurines qui les animent. En fait, tout est parti de la maison qui fait l'angle de deux rues, que j'avais construite précédemment, sans idée précise, simplement "pour voir" et qu'il m'a fallu, ensuite, mettre en scène en imaginant un décor périphérique, encadré par deux façades verticales de premier plan. Presque aussitôt, l'idée de la barricade m'est venue sous l'impulsion de la découverte d'une gravure de 1848. Du coup, nous avons là une disposition "en hauteur" qu'on a rarement rencontrée et qui donne, avec l'étroitesse de la barricade, une idée du resserrement des rues du vieux Paris d'avant Haussmann. On en reparlera. Pour ceux que le détail intéresse, les dimensions extérieures sont: largeur: 0,43m, profondeur: 0,60m, hauteur: 0,73m. Pour l'éclairage intérieur, je n'ai pas grand mérite: j'ai trouvé en grande surface, un montage tout prêt de trois bandes de LED solidarisées, faciles à adapter qu'il a suffi de place aux bons endroits, la prise de courant  d'alimentation faisant aussi office de transformateur de courant 220V. Nous reviendrons plus tard sur la réalisation de ce diorama.

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Légende: Vue d'ensemble.

    Petit rappel historique si vous voulez bien. Je ne me prends surtout pas pour un historien, vous l'avez compris. Je ne suis ni suffisamment savant, ni particulièrement compétent ni surtout assez objectif pour cela. Mon parti pris va à la République et à celui qui l'appelait et l'a payée de son sang, je veux parler du petit peuple des émeutiers, celui qui, comme toujours, constitue les gros bataillons et encaisse les plus gros coups.
    Le peuple, précisément, avait supporté au sens sportif du terme la Révolution, enduré la faim et les privations de tous des jours terribles, répondu à la levée en masse des Ans I et II, mais s'était enivré de la fierté de voir sa République renverser le trône et tenir tête victorieusement à l'Europe entière et aux ennemis de l'intérieur non moins acharnés à la perte de la Patrie; subi sans enthousiasme le Directoire sans même rêver d'Orient avec le mirage égyptien; repris espoir avec le Consulat; accepté la conscription et l'empire et exulté à l'énumération des victoires de ses armées et à la gloire dont se parait le nom de France.
    La Première Restauration l'avait ramené 27 ans en arrière, à une époque qu'il croyait à jamais révolue. Le bref espir des Cent Jours s'était terminé comme vous savez et il avait recueilli en son sein la cohorte morne des demi-soldes, des vétérans fatigués, des malades inguérissables, des mutilés pour la vie. Souffrant de devoir baisser la tête devant le drapeau blanc à fleurs de lys, de devoir se découvrir devant les gandins poudrés et arrogants revenus de l'émigration, il préférait écouter dans l'ombre des arrières cours les récits de cux qui avaient écrit l'Histoire avec leur sang, leur sueur et leurs jambes, de Hambourg à la Calabre et de Lisbonne à Moscou. La Seconde Restauration l'avait assommé de misère, d'humiliations et de mépris. Il rongeait son frein en silence, attendant impatiemment l'occasion de relever la tête. Il en avait assez des Bourbons, assez de la morgue insultante des puissants, assez des jésuites, assez du milliard des émigrés, assez du drapeau blanc, assez des libertés supprimées, assez de la censure, assez !...Non, vraiment, la France d'Austerlitz, d'Iéna, d'Eylau, de Friedland, de Wagram n'en pouvait plus de ce régime étriqué, ultra calotin et ultra réactionnaire, à l'oppression caricaturale, à l'ambition stupidement réduite au rétablissement et au maintien arcbouté des privilèges d'antan, de cette camarilla pommadée des salons de l'émigration qui n'avait décidément rien compris.

(à suivre) Ne vous précipitez pas. Attendez avant de réagir. Il y aura de la matière car c'est un gros morceau que je vais vous livrer.
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Message  gribeauval le Dim 26 Nov 2017 - 0:09

(Suite)

    Les élections de 1827 avaient amené une majorité libérale à la Chambre. Pour faire mine de s'incliner, Charles X nomma un gouvernement mi-chèvre mi-chou dirigé par Martignac. Mais, portée par une vague montante, l'opposition libérale s'affirma et s'agrandit de nombreux ralliements.
     Du coup, le Roi s'obstina et, aveuglé dans une réaction ultra qui lui faisait perdre tout sens politique, renvoya d'un trait de plume le ministère et le remplça par un cabinet tout à sa dévotion dirigé par un ultra idéologiquement sûr, le Prince de Polignac, un bigot fanatique. Polignac !!! Inévitablement, ce nom ramenait à la mémoire les souvenirs les plus détestés de la Cour de Versailles, l'entourage honni de la Reine pour lequel rien n'était trop beau ni trop cher, qui avait si honteusement profité des faveurs inouïes de la souveraine, touché tellement de bénéfices, de prébendes, de cadeaux, d'allocations, de présents, un entourage qui avait littéralement fait dilapider et ruiner le Trésor royal avant de s'enfuir à l'émigration avec les pires ennemis de la France. Et, dans ce ministère, à l'intérieur, officiait le plus enragé réactionnaire qu'on puisse trouver en France en la personne du comte de la Bourdonnaye, imprécateur pathologique qui avait fait légaliser la Terreur Blanche et dont la préoccupation politique était de faire appliquer rien moins que la peine de mort à tous les dignitaires de l'Empire: ministres, chefs d'administration, préfets, sénateurs, hauts magistrats, recteurs, et, dans l'Armée, les maréchaux et les généraux. Un dément, je vous dis! Autre figure repoussante de ce cabinet, le général de Bourmont au ministère de la Guerre. Un nom à donner la nausée à beaucoup, pas forcément partisans de l'Empire, mais qui avaient gardé un sens de l'honneur et la mémoire de 1815.
    Quel tableau! Avec ce ramassis d'attardés de la nostalgie d'Ancien Régime ivres de vengeance, doublé d'une racaille de traîtres de haut vol, forcément béni par un catholicisme dévoyé, je crois qu'il était difficile de faire plus dans la provocation. Mais ce n'était pas tout.
    On imagine le tollé et les clameurs de l'opposition. C'était inévitable! Pourtant muselée par la censure, la Presse s'enflamma. Les outrance de ces nominations firent passer pour pires qu'ils n'étaient en réalité les principes du pouvoir garantis par la Charte de Louis XVIII que Charles X n'avait tout de même pas osé abolir. De nouveaux journaux d'opposition apparurent réclamant une monarchie constitutionnelle de type anglais pendant que la plupart des autres titres évoluaient dans un sens plus libéral.
    Chaque jour, le Roi et le gouvernement étaient attaqués. L'année 1830 commença mal: l'hiver fut particulièrement rigoureux, les autres saisons plutôt pluvieuses. Conséquence de trois années de mauvaises récoltes, les prix des denrées augmentèrent vertigineusement et le pain fut de plus en plus cher. L'économie ne tournait pas. L'opposition était chauffée à blanc par les maladresses accumulées du gouvernement. Des bandes de miséreux affamés et sans toit erraient, entraînant l'insécurité. Allait-on revoir des émeutes de la faim?
    En mars, la Chambre rouvrit sa session. A l'occasion du discours du trône, le Roi annonça l'expédition d'Alger mais, surtout, menaça l'opposition de gouverner pas ordonnances après dissolution. C'était cousu de fil blanc. 221 députés libéraux votèrent alors une adresse au souverain qui, à travers le gouvernement ouvertement discrédité, fut une véritable motion de défiance envers le trône. Décidé à aller jusqu'au bout, le Roi s'en moqua comme d'une guigne et passa à l'acte. Une première ordonnance ajourna la session parlementaire en la décalant de 6 mois. Déjà haut, le mécontentement s'accrut encore. Alors que le corps expéditionnaire d'Alger appareillait, par une autre ordonnance, Charles décida de la dissolution pure et simple de la Chambre des Députés et convoqua les collèges électoraux. Son appel aux Français, paternaliste et maladroit, tomba complètement à plat et les élections furent une déroute pour le trône: non seulement l'opposition gagna et obtint largement la majorité absolue mais, avec 283 députés, elle enleva les deux tiers des sièges! Un triomphe. Le ministère éclata mais Charles X le maintint envers et contre tout.
    Le Roi n'avait toujours rien compris et, à ce niveau, il est permis de s'interroger tout simplement sur son intelligence réelle.

    Je vous fais, là, grâce du détail des ordonnances scélérates qui s'abattirent sur la classe politique, l'opposition, les corps constitués, la Presse, enfin tout ce qui avait encore un peu de raison dans ce pays.

    Le soir du 26 juillet 1830, des attroupements se formèrent au Palais Royal, place du Carrousel, Place Vendôme aux cris de "Vive la Charte", "A bas Polignac". Polignac, justement, qui rentrait du ministère,  essuya une agression sous forme de lapidation en règle de sa voiture et ne dut son salut qu'à l'adresse de son cocher et à la promptitude des gendarmes pour refermer la grille de son hôtel derrière lui.

   Vous avez, maintenant, un  tableau de la situation générale du pays, du contexte économique de marasme et des conditions qui amenèrent cette Révolution.

(à suivre)
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Message  gribeauval le Dim 26 Nov 2017 - 11:10

(suite)
    Le 27 juillet au matin, passant outre aux ordonnances, quatre quotidiens parurent sans autorisation et publièrent la protestation de 44 journalistes dont Thiers, Carrel, Rémusat. La réaction fut immédiate: saisie des presses par la police et mandats d'arrêt du parquet à l'encontre des signataires. Mais, dans les imprimeries de journaux, les ouvriers typographes, soucieux de conserver leur emploi et assez généralement gagnés aux idées républicaines, se révoltèrent et des échauffourées rageuses les opposèrent aux policiers. Ces ouvriers seront le noyau dur de l'insurrection et, avec les étudiants les principaux meneurs. C'était lancé !
    A propos des meneurs, hors le peuple, qui étaient-ils ? Parmi eux, des noms vous seront familiers: Cavaignac, Raspail,  Blanqui, républicains actifs et déterminés. Thiers, Casimir Périer, Guizot, libéraux indécis mais plus calculateurs que révolutionnaires. Ils sont les plus nombreux. Les bonapartistes réunissaient beaucoup de demi-soldes mais formaient surtout des sociétés secrètes du genre Charbonnerie.

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Légende: L'ouvrier typographe. Par son métier, instruit, il représentait une sorte d'élite de la classe ouvrière. Plus ouverts aux idées que bien d'autres, plus politisés et, plus tard, syndiqués en masse, ils furent dans plus d'un mouvement les meneurs sur lesquels s'exerça prioritairement la répression. (figurine Historex).

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Légende: Le demi-solde en marche vers la barricade. Le licenciement de l'Armée Impériale et l'état de paupérisation voulue par le pouvoir des Bourbons ne furent pas pour rien dans l'engagement de ces hommes aux côtés des émeutiers. Ils avaient un compte à régler avec cette monarchie d'émigration qui avait la prétention de leur faire payer leur héroïsme et leur dévouement à l'Empereur. Ce chef d'escadron, porteur d'une vieille blessure, a du mal à marcher.

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Légende: Un autre demi-solde, ancien capitaine des grenadiers, 12 années de service, deux blessures. Comme son compère qu'il soutient d'un bras fraternel, il va monter à la barricade pour faire le coup de feu, montrer aux émeutiers enthousiastes et brouillons comment se servir efficacement d'un fusil.
Lui aussi, malgré la chaleur, porte sa vieille capote usée jusqu'à la corde pour cacher son unique chemise en lambeaux. La faim, le dénuement, le mépris ont fait de ces hommes - pour la plupart célibataires - des loups enragés qui vont se battre avec leur vieille cocarde, jusqu'à la victoire et elle sera belle.


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Légende: Le drapeau tricolore, seconde principale revendication du peuple, était brandi sur chaque barricade, souvent en lambeaux.

    Pendant que ces beaux messieurs se retrouvaient dans divers salons, péroraient, supputaient, échafaudaient mille et une initiatives aussitôt mort nées car ils n'étaient bien sûr pas d'accord entre eux, le peuple se soulevait, des heurts l'opposaient à la gendarmerie et à la Police autour du Palais Royal et, organisés par des étudiants et des ouvriers, les premières barricades s'élevèrent spontanément.
    Comme une traînée de poucre, la nouvelle se répandit de la nomination de Marmont comme commandant de la première division militaire, c'est-à-dire celle de Paris. Comme Bourmont, ministre de la Guerre, le nom de Marmont eut le don d'exaspérer encore plus la foule ppour laquelle ces deux sinistres personnages incarnaient l'archétype du traître qu'elle rendait responsable en premier de l'abdication de Napoléon en 1815. Les premières troupes amenées sont aussitôt harcelées à coups de pavés, de briques, de tuiles, de pots de fleurs tombant des toits... Des manifestants mettent à sac l'armurerie parisienne la plus célèbre, les Etablissements Fauré-Lepage, au bas de la rue de Richelieu, près de la Comédie Française. La plupart des autres armureries sont pillées et de nombreux gardes nationaux - qui avaient, à la dissolution de 1827, rendu leurs tenues mais conservé leurs armes - se joignirent aux émeutiers.
    Au soir, la troupe commença à tirer. Les Républicains s'emparèrent des premiers cadavres tombés sur le pavé et les promenèrent comme des trophées pour exciter la foule à l'insurrection: il n'en fallait pas plus pour faire tomber les dernières hésitations.
    Le 28 juillet, le Centre et l'Est de la capitale étaient hérissés de barricades. On a évalué à 10.000 le nombre des insurgés réellement combattants. Ils chantaient la Marseillaise et arboraient le drapeau tricolore en se distribuant les armes saisies.  
    Marmont attendait du Roi des ordres qui ne vinrent pas. Mais Charles X signa une ordonnance mettant la capitale en état de siège, ce qui, en droit, est un état d'exception ouvrant sur la loi martiale. Il avait donc en quelque sorte les mains libres pur écraser la rébellion mais, en raison de la constitution du corps expéditionnaire d'Alger, de la lutte contre les incendies criminels en Normandie, du renforcement de la surveillance de la frontière du nord dans la crainte de troubles en Belgique, la place de Paris avait été dégarnie de trop de troupes et il ne pouvait compter sur des renforts.
    Le coeur de l'insurrection, ce furent les ruelles étroites du vieux Paris, faciles à obstruer et qui constituaient autant de pièges pour la force armée. Mal ravitaillée en vivres, en munitions, la troupe régulière n'était pas entraînée aux combats de rue dans un environnement hostile où le danger pouvait survenir de tous côtés avec des tireurs postés aux fenêtres et une pluie de projectiles divers tombant des étages supérieurs ou des toits. En outre, l'étroitesse des voies ne permettait pas la mise en batterie de plus d'une pièce d'artillerie à la fois et encore de faible calibre. Il y avait peu de place pour les servants et encore moins pour la manoeuvre des attelages si bien que les pièces devaient être amenées à bras d'hommes sous le feu des insurgés. Intenable!

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Légende: Tous veulent participer: anciens soldats, ouvriers de tous mériers, étudiants, artistes, gardes nationaux, artisans, petits commerçants, ménagères, enfants... Ici, descendu de son atelier où il brosse pour quelques sous des portraits et des chromos, un rapin vient toucher son fusil. Nul ne sait s'il fera mouche mais, au moins, il aura participé. Il veut "en être".
    Marmont comprit très vite que, aussi mal engagée, l'affaire allait tourner court et qu'il n'aurait que très peu de chances d'avoir la situation en main. S'appuyant sur la dernière initiative des libéraux, il suggéra au Roi de consentir à un compromis qui sauvegarderait à la fois le trône, la Charte et la paix publique. Il ignorait que, de son côté, Polignac, le benêt de service, conseillait au souverain de ne rien céder. Marmont reçut donc l'ordre de "tenir ferme" en concentrant ses troupes entre le Louvre et les Champs Elysées, ce qui laissait aux insurgés une partie de la ville. C'était déjà une reculade.
    Pris et repris, l'Hôtel de Ville, coeur de Paris, resta aux mains des émeutiers qui firent sonner le tocsin, repris dans toute la ville. C'était un signe fâcheux pour le pouvoir. Dans la nuit, averti d'une possible menace royale sur sa personne, Louis-Philippe se cacha dans une autre résidence tenue secrète. Pendant ce temps, de nouvelles barricades étaient élevées que Marmont dut renoncer à attaquer pour regrouper ses forces du Louvre à l'Etoile, par les Yuileries et les Champs Elysées.

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Légende: L'ouvrier menuisier marche d'un pas décidé. Pendant ces journées de juillet, 800 émeutiers trouveront la mort dans les combats. 350 hommes de troupes régulières y laisseront la vie.

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Légende: Le charretier fait le guet. Il a perçu un mouvement. Il appelle. Les autres accourent. Aux étages, les fusils sont pointés.

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Légende:  Clôturons cette infime galerie de personnages par le vétéran, l'Ancien, la "vieille moustache", ex-Grenadier de la Garde, a fini tout de même caporal bien qu'ayant "mal au pouce", 20 ans de service commencé  sous Hoche à Quiberon, a fait Rivoli, rescapé de Saint Jean d'Acre, un fusil d'honneur à Marengo, camp de Boulogne, Ulm, Brünn, Austerlitz, admis dans la Garde, Iéna, Berlin, Eylau, Friedland, Madrid, Wagram, la Moskowa, Moscou, Malojaroslavets, la Bérésina, Dresde, Leipzig, Hanau, Mormant, Monterau. A pleuré à Fontainebleau et, alors qu'il était passé au travers de tous les périls et mérité le surnom de "Trompe-la-Mort", a fini par laisser sa jambe à Waterloo. Sauvé par un chirurgien anglais. Revenu au pays, sans pension, a appris le métier de graveur. A la barricade, ne pouvant se battre, c'est l'armurier: il distribue les fusils,  et les conseils, vérifie et recharge les armes. Nous retrouverons rous ces personnages en situation. (Figurine Historex comme toutes celles qui ont précédé).  
    Au matin, coup de théâtre, le 5e et le 53e de Ligne qui tenaient la Place Vendôme, la Concorde, les Tuileries et une partie du Palais Royal passèrent à l'insurrection. Cette double défection entraîna l"effondrement du dispositif militaire et Marmont, pris de court, dut se résoudre à dégarnir le Louvre et les Tuileries qui, attaqués, tombèrent aux mains des insurgés. Par les Champs Elysées, les troupes refluèrent en désordre jusqu'à l'Etoile et finirent par prendre position dans le Bois de Boulogne en protection du Château de Saint Cloud.
    La donne avait changé du tout au tout. Avec une rapidité incroyable, la Garde nationale, dissoute en 1827, s'était reconstituée en quelques heures et elle était du côté des émeutiers. Le Roi ne tenait plus Paris mais, au contraire, risquait à tout moment une attaque, maintenant que l'insurrection était maîtresse de la capitale.

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Légende: Vue d'ensemble du diorama de face en atelier, sans glissement latéral, c'est-à-dire sans les lignes de fuite de la perspective. L'éclairrage intérieur n'est pas allumé. La présence de la vitre antraîne des reflets parasites. Sur les deux bandes verticales de premier plan, on remarque la perspective forcée mais on ne s'y attarde pas.
(à suivre)

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Re: Les Trois Glorieuses - Juillet 1830

Message  Invité le Dim 26 Nov 2017 - 11:48

Salut Armand.
C'est un plaisir immense que de te lire mais également de voir tes magnifiques œuvres.
Je me languis déjà de lire et d'admirer la suite de cette belle réalisation.
Bon appétit, bon après-midi et à plus tard.
Jacques.
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Re: Les Trois Glorieuses - Juillet 1830

Message  gribeauval le Dim 26 Nov 2017 - 18:48

Merci Jacques. J'ai été obligé de m'interrompre. Un malaise m'a pris brutalement. Apparemment plus de peur que de mal. On continue.

(Suite)

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 Vue de face de ma Barricade à l'intersection de trois rues. Elle est au bout d'une rue montante, donc plus difficile à attaquer. Au premier plan, deux lignards abattus et aussitôt délestés de leurs armes. Un canon de 4 a tenté d'ébranler l'amoncellement. Il n'a pu faire chuter que deux grosses poutres sans réellement entamer l'obstacle. Pour l'élévation d'une barricade, c'est là qu'on voit la supériorité de la poutre de grosse section sur les pavés: à l'impact, la poutre peut se casser ou se déplacer mais reste en position alors que les pavés jaillissent comme étincelles et constituent autant de projectiles meurtriers. Oui mais voilà:
il est plus facile de dépaver une rue que de se procurer des grosses poutres... (Ici, l'éclairage intérieur est allumé).


    Sur le plan des négociations, au petit matin, deux pairs de France étaient venus aux Tuileries sommer Polignac d'obtenir le retrait des ordonnances et de se démettre. On devine que l'entretien fut orageux. Hautain et plein de morgue comme tous les imbéciles, il n'en fit évidemment rien. Chacun de son côté, les émissaires et lui se précipitèrent à Saint Cloud chez le Roi. Affrontement devant le souverain interloqué. Arriva le coup décisif: l'annonce de la débandade des troupes de Marmont. Ce coup acheva le Roi. Il comprit enfin que la partie était perdue. Il accepta de retirer les ordonnances, de renvoyer Polignac qui devait avoir l'air fin et de confier au Duc de Mortemart la charge de constituer un ministère où siégerait le général Gérard et Casimir Périer. Mais c'était trop tard. Le temps des compromis était caduc. D'autres émissaires pressaient le Duc d'Orléans de prendre position. Le trône de Charles X était irrémédiablement condamné.
   
    Je vous fais grâce des péripéties qui amèneront Louis Philippe au trône de France. La division des Républicains, trop peu nombreux malgré le soutien populaire, l'activisme sournois des libéraux intrigants qui ne voulaient surtout pas de la République mais qui ne voulaient pas non plus des Bourbons, ces manoeuvres firent que ces beaux messieurs se mirent d'accord sur le Duc d'Orléans : ils firent ainsi coup double. D'une part, ils se débarrassaient de Charles X et de sa famille et, d'autre part, ils évitaient la République.
    Je vous livre simplement ma conclusion:
    .... La suite, vous la connaissez.
    Et voilà comment, par un tour de passe-passe, on fait le peuple cocu. Le peuple est bon enfant mais il a quand même encore un peu de mémoire. En 1848, il se souviendra de 1830 et ne se laissera pas rouler une autre fois.
    Quant au pouvoir, il se souviendra longtemps des ruelles du vieux Paris de 1830 et certaines de celles de 1848 davantage encore pavées. Quoi qu'on ait pu dire de ses projets d'urbanisme grandiose, le Baron Haussmann, en perçant de larges boulevards, de larges avenues, aura d'abord en tête la préoccupation d'aménager la place suffisante pour mettre en batterie l'artillerie et pour faire charger les escadrons... ce dont Thiers profitera amplement lors de la répression de la Commune: les rues élargies sont plus difficiles à barrer et à défendre et, contre l'artillerie, les barricades de pavés non seulement ne tiennent pas mais constituent des pièges mortels car l'impact de chaque boulet fait voler des dizaines de pavés qui sont autant de projectiles secondaires non moins meurtriers.
 
                                                                                                            *****


    Merci d'avoir pris la patience de lire ce petit aperçu historique maintenant terminé. Il m'a appris beaucoup de choses et m'a paru indispensable pour me plonger dans le bain de la fabrication de ce diorama.
    Un jour, j'ai vu une gravure de 1848 et, quelques temps après, des photos de maisons anciennes du vieux Paris. J'y retrouvais quelques vieilles bâtisses du quartier de Halles que je connaissais bien. Amusé par leurs parois ventrues qui sont un défi pluriséculaire au fil à plomb, je me suis décidé à construire une maison au 1/32e, mon échelle de prédilection puisque celle d'Historex, en m'inspirant de ces images.

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 La gravure en question qui m'a servi d'inspiration à la construction de la maison qui occupe le coeur de mon diorama  

    A ce moment, je n'avais aucune idée en tête, uniquement celle de reproduire un bâtiment en maquette. Il m'arrive ainsi de créer - c'est toujours du scratch - un morceau de bâtiment (bout de mur, porte...), un véhicule, des accessoires (on manque toujours d'accessoires, surtout des plus anodins, de ceux qui n'ont l'air de rien mais qui "meublent", toujours au 1/32e, puis de les laisser dans un coin et de les ressortir 3 ans plus tard, à l'occasion de tout autre chose et de trouver à les placer. En fait, je m'amuse et c'est un vrai plaisir d'ajouter une caisse, une bâche, un tabouret, un tonneau recerclé, un tas de bois, etc.
    Selon ma technique habituelle - j'ai maintenant un recul de 20 ans qui me renseigne sur la "tenue" du procédé - j'ai choisi un contreplaqué fort de 15mm. Si mes bases sont souvent en latté ou en aggloméré épais, je monte les murs d'élévation en contreplaqué, d'épaisseur variable selon les parois. L'avantage est à la fois la légèreté, la robustesse et la facilité d'assemblage, soit par collage, par clouage simple ou par vissage pour l'ancrage d'éléments lourds. Avec mon expérience d'exposant, je me mets ainsi à l'abri des mauvaises surprises car, trimbaler des plaquettes, avec les vibrations et les chocs, c'est toujours un risque pour ce qui nous prend tant d'heures à réaliser.
    On peut m'objecter que le contreplaqué est cher. C'est vrai: il est même trop cher mais, avec les chutes de coupe dans les magasins grandes surfaces, on a des occasions de s'en procurer à meilleur compte. Ensuite, processus classique. Je n'ai rien inventé. Traçage, découpe à la scie à ruban, puis passage à la scie à chantourner pour les ouvertures. Je fais un premier montage à peine pointé pour me rendre compte des proportions, de l'harmonie de l'ensemble et comparaison avec l'aide de "pépère", un vieux grenadier tête nue et sans bras, au garde à vous, complètement raté il y a longtemps. Depuis des décennies, il me sert d'étalon pour mes mesures et m'évite des erreurs d'échelle disgracieuses. Le prémontage m'informe sur le respect de mon modèle quand il y en a un.
    Puis j'applique une couche d'enduit à l'eau dit "enduit universel"   . Avantage: séchage ultra rapide, ponçage fin possible, excellente adhérence au contreplaqué et au bois. Depuis 20 ans donc, je n'ai jamais constaté de fissurations, de cloquage, d'écaillage ou de décollement. Si des détails en saillie prévue sont accentués, une ou plusieurs couches d'enduit supplémentaires peuvent être nécessaires. Le reste est affaire de gravure à la pointe sèche ou à la fraise. Bien sûr, pour un mur de pierre ou de briques, il faut de la patience. Mais le résultat est étonnant.  

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 Ces images se passent de légende commentée. Les saillies,  corniches, enjolivures, rebords de fenêtres divers sont en bois collé ou pointé, soit en baguette fine, soit en moulure appropriée posée avant l'enduit.

    A présent, quelques vues de la maison en cours d'achèvement (la patine n'est pas terminée).

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 Voilà ce que j'avais obtenu en premier, avec un modeste "effet ventru" et une patine inachevée. Avant montage définitif dans la caisse, profitant des carreaux cassés et des emplacements de tir de choix qu'ils représentaient, j'ai ajouté quatre fusils pointés. Au rez-de-chaussée de la façade en pignon, une petite boucherie et une petite boutique de commerce d'épices. Sur l'autre façade une entrée charretière. Les constructions anciennes ne sortaient pas d'une épure d'architecte, c'est évident. Reportez-vous à la gravure de 1848...  
   
    Maintenant une vue du toit. Je ne suis pas doué pour les tuiles nervurées ou les tuiles romanes si présentes dans notre Provence. Je n'ai pas encore trouvé de procédé satisfaisant permettant d'en produire en quantité en conservant l'effet réaliste. Mais, pour les tuiles plates de l'Est ou d'Allemagne (sauf le modèle écaille), j'y réussis assez bien. Je prends pour modèle la tuile Arboise ou de Bourgogne et pratique la pose traditionnelle qui implique pour chaque tuile un tiers de sa surface découvert (pureau) et deux tiers recouverts. Les variétés de tuiles sont nombreuses et je n'ai aucune idée des dimensions réelles des tuiles anciennes, si bien que j'ai opté sans originalité et pour rester à peu près à l'échelle, pour des tuiles réduites à 5 millimètres de large avec un pureau de 5 millimètres également ce qui me donne des tuiles de 15 millimètres de long. J'ai simplifié la pose en découpant dans du dossier fort de 6/10es des bandes de 15mm de large. J'applique en butée chaque bande le long d'un gabarit encoché de 5 en 5 millimètres et, de la pointe d'un cutter, je marque ma bande à chaque encoche sur toute sa longueur. Puis, avec une paire de ciseaux, je parfais mes coupures simulant les joints sur 6mm de long. J'en profite
pour donner quelques coups de ciseaux qui écornent de ci de là les tuiles sur les bords apparents comme cela se constate sur les toitures. Comme procèdent les couvreurs, je démarre ma couverture par le bas, avec un liston sur le bord pour surélever les tuiles et éviter le basculement de la première rangée raccourcie et je colle mes bandes en place. Chaque bande est collée, en remontant, de 5 en 5 mm avec, d'une rangée à l'autre, un décalage d'une demi tuile.

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 Ma toiture de prédilection pour les bâtiments au nord de la Loire, l'Est et l'Allemagne.

    Mon stock de carton est de couleur bleue, teinté dans la masse. Je peins alors avec de l'acrylique rouge anglais ou terre de sienne et je patine avec des jus de TOB, puis un brossage à sec très léger d'ocre clair qui fait ressortir les arêtes et j'obtiens de belles tuiles vieillies. Un brossage à sec de vert plus ou moins sombre me donne, par places, éventuellement, un effet de mousses dans les zones supposées ombrées.

    La construction du diorama.

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 Les bandes verticales figurant les façades des bâtiments de part et d'autre de l'ouverture. La perspective y est volontairement forcée et destinée non à être scrutée mais à guider le regard vers le centre de la scène qui est le second plan.

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 Partie du décor d'arrière plan. On voit que la peinture, de la gouache acrylique, a été appliquée directement sur le bois sans autre préparation que quelques coups de crayon pour guider la perspective. Ce n'est pas ce qui m'a demandé le plus de travail.

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 Construction et mise en place.

    Maintenant, les figurines en situation.

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 Inutile de vous présenter les personnages. Vous les connaissez déjà sauf les deux ménagères qui apportent de quoi soutenir le moral des insurgés: du pain, du vin et une marmite de fricot. En raison du danger, un ouvrier leur enjoint de ne pas aller plus en avant. On voit les devantures de la boucherie et du commerce d'épices. L'éclairage intérieur du diorama est allumé.  

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 Vue du flanc droit avec la ligne de fuite en perspective d'une rue en pente. Peinture directe sur le bois sans apprêt, à la gouache acrylique. Opération dont je me faisais une montagne et qui a été réalisée avec une facilité déconcertante dont je ne suis toujours pas revenu.    

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 Vue du flanc gauche avec la ligne de fuite en perspective d'une autre rue, plate celle-là. Même technique de fabrication: peinture idem à même le contreplaqué à main levée.

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 Nous connaissons l'ouvrier typographe. Oui, c'est un meneur comme beaucoup de ses compagnons d'imprimerie. Il vient juste de perdre son emploi au "National" après la saisie des presses par la police. Il organise l'insurrection dans son quartier et encourage les autres en montant à son poste de tir. Le guetteur qu'on aperçoit, dissimulé juste derrière Gavroche, a donné l'alerte en croyant déceler un mouvement. A ses côtés, on voit le bougnat et un ancien Garde National et, derrière le porte-drapeau. Les drapeaux sont faits d'une feuille d'étain enroulée d'un tour autour de la hampe faite d'une section de fil de laiton non recuit d'un ou deux millimètres de diamètre, martelé à un bout pour lui donner une forme lancéolée. Le collage est fait à la cyano. La peinture est de l'Humbrol tout bête. Bien séchée, la mise en forme en plis tombants  a été alors effectuée sans la moindre difficulté de même que les trous, déchirures et salissures sans que la peinture ne s'écaille.

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 Nous retrouvons l'ouvrier menuisier, son compère et nos deux ménagères avec leurs paniers de victuailles. Et nos deux demi soldes (affiliés à une société secrète proche des Carbonari): "Allons, vieux frère, encore quelques coups de fusil, peut-être les derniers... Si nous mourons, ce sera pour notre drapeau et pour l'Empereur, même s'il n'est plus là pour nous voir. Au moins, lui, ne nous aurait pas laissé crever de faim, de misère et de mépris comme ces chiens de Bourbons..."  

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 Gavroche en majesté. Insouciant du danger, comme beaucoup de mômes, vraie image du titi parisien ou Poulbot avant l'heure, il ne peut s'empêcher de faire le pitre sans se douter qu'il offre une cible aux tireurs adverses. Cette audace lui sera fatale. Dès le début, j'avais prévu d'inclure dans cette présentation ce personnage de gamin espiègle et intenable. Puis, plus tard, à l'occasion d'une lecture, j'ai appris que Victor Hugo, dans sa description de l'insurrection et du personnage de Gavroche, s'était inspiré non des Trois Glorieuses mais des émeutes républicaines de 1832, consécutives à l'enterrement du Général Lamarque. Du coup, le doute s'est installé dans mon esprit. Mais, par romantisme, je ne change rien et conserve l'enfant comme il est là où il est.

    C'est la fin de ce long article. Bravo et merci à ceux qui auront pris la peine de le lire. Ne me tenez pas rigueur de mes prises de position abruptes: elles ont jailli spontanément et n'engagent que moi, naturellement.

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A+ et bonsoir.
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Re: Les Trois Glorieuses - Juillet 1830

Message  titi le Dim 26 Nov 2017 - 19:54

Quel travail! C'est tout simplement magnifique! Bravo! Very Happy

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Re: Les Trois Glorieuses - Juillet 1830

Message  lopez le Dim 26 Nov 2017 - 21:49

Bonsoir Gribeauval,
quelle abnégation pour une superbe réalisation.
Toutes mes félicitations.
Philippe.

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Re: Les Trois Glorieuses - Juillet 1830

Message  BIFFIN le Dim 26 Nov 2017 - 22:39

Je me suis retenu à plusieurs reprises pour respecter ton désir de ne pas être interrompu dans ta présentation, tant j'avais envie de réagir. Ce diorama est une merveille et c'est un grand plaisir littéraire de suivre ton commentaire historique, passionné et passionnant, ainsi que de découvrir tes personnages qui n'auraient pas dépareillé dans les Misérables. Chacun peut poursuivre le roman que tu nous proposes là, au gré de son imagination. Grand merci pour cela !
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Re: Les Trois Glorieuses - Juillet 1830

Message  Borodino le Dim 26 Nov 2017 - 23:41

C’est difficile de commenter un tel travail.
Cela permet de bien situer les personnages dans le tableau.
Beau résultat tant en écriture, en construction et de peinture.

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Re: Les Trois Glorieuses - Juillet 1830

Message  Little2791 le Lun 27 Nov 2017 - 9:03

Entre la mise en situation historique, l'élaboration du diorama et la peinture, on ne peut que rester pantois...
Merci de nous en faire profiter.

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Re: Les Trois Glorieuses - Juillet 1830

Message  gribeauval le Lun 27 Nov 2017 - 9:32

Un grand merci chaleureux à vous tous qui avez apprécié
et patienté jusqu'à la fin de la présentation.
Je n'ai pas fait un décompte précis des heures de travail nécessaires à cette réalisation.
Mais sachez toutefois qu'on peut les évaluer en centaines.
Merci encore, chers collègues.
A+
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Re: Les Trois Glorieuses - Juillet 1830

Message  saturnin le Lun 27 Nov 2017 - 17:38

que dire de plus , très belle réalisation ,explications sur la construction ,pouvant donner des idées
l'ensemble est original et doit faire son poids pour le expositions
félicitations
quel est le prochain dio???
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saturnin

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Re: Les Trois Glorieuses - Juillet 1830

Message  sergiofig le Lun 27 Nov 2017 - 18:54

quel exposé! bravo pur la realisation du dio et du scenario, c'est superbe.
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sergiofig

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Re: Les Trois Glorieuses - Juillet 1830

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